Rester un hub stratégique, au cœur de la recomposition mondiale
Face à l’hypercompétition entre les grands hubs aériens mondiaux pour capter une partie du trafic international, en particulier celui en correspondance, le Groupe ADP, en partenariat avec Air France-KLM, organise la riposte pour enrayer le recul de leurs parts de marché, en conjuguant mobilisation immédiate et vision de long terme.
Le hub, un modèle au cœur de la compétition mondiale
Les hubs, ces aéroports choisis par une compagnie aérienne pour y faire transiter une partie notable de ses vols et y assurer des correspondances rapides et garanties, sont nés dans les années 1980. American Airlines a été l'une des premières à se doter de ce modèle, imitée par les compagnies européennes dans les années 1990, puis par les compagnies asiatiques ou moyen-orientales dans les années 2000.
Aujourd’hui, le trafic mondial est organisé autour d’une soixantaine de grands hubs, devenus des outils stratégiques pour leurs territoires. Chaque compagnie a son aéroport de prédilection : Delta est chez elle à Atlanta, Emirates règne sur Dubaï, tandis qu’à Londres, British Airways exploite la moitié des vols de l’aéroport d’Heathrow.

Mais depuis 20 ans, on assiste à un décrochage des hubs européens et des compagnies européennes. Malgré leurs efforts, ces dernières ont perdu 11 points de part de marché et jusqu’à 19 points pour Air France. Ce recul profite surtout aux hubs et compagnies du Golfe et du Moyen-Orient : sur la même période, les compagnies du Golfe et du Bosphore ont considérablement augmenté leur offre, jusqu’à plus de 900 %. Leur stratégie offensive leur a permis d'afficher une croissance annuelle du trafic passagers 6 à 10 fois plus rapide qu'à Paris ces 25 dernières années. Il n’a fallu que 6 ans à Istanbul pour se hisser en 2024 dans le top 3 des aéroports du continent européen, avec 84 millions de passagers en 2025. Avec 95,2 millions de passagers, Dubaï qui dessert 291 destinations est devenu le deuxième plus grand hub mondial, tandis que Doha Hamad affiche une progression annuelle moyenne spectaculaire de + 12,2 % en 25 ans.
Un enjeu de souveraineté pour la France
Dans le même temps, le hub parisien a régressé dans la hiérarchie mondiale. En 2019, Paris-Charles de Gaulle, premier aéroport de l'Union européenne, pointait au 9e rang mondial et a depuis perdu quatre places face à l’émergence rapide des hubs d'Asie, du Bosphore et du Moyen-Orient.
En comparaison de ces hubs soutenus par des subventions d'État massives, la compétitivité de Paris-Charles de Gaulle et celle d’Air France-KLM est lestée par de multiples facteurs : empilement fiscal, nouvelles obligations européennes ou mesures nationales spécifiques... Or le secteur aérien d’un pays, en favorisant l’accès aux marchés d’exportation, la captation d’investissements étrangers ou encore l’attractivité touristique, constitue un levier fondamental de souveraineté économique, diplomatique et industrielle d'une nation.
En offrant une connectivité directe, un hub puissant dynamise de 1,5 à 3 fois plus la demande qu’une liaison indirecte, et contribue à soutenir la compétitivité nationale et régionale, à travers le tourisme et le tourisme d’affaires, les investissements, l’export et la création d’emplois. Le décrochement français a donc un coût : si aujourd’hui, la France est plus que jamais survolée, elle est de moins en moins connectée.
"En Europe, nous avons la chance d'avoir de grands hubs. Avec 119 destinations desservies et 72 millions de passagers accueillis, Paris-Charles de Gaulle en est un. C'est l'un des plus grands aéroports du monde et nous avons la chance qu’il soit situé en France. Nous devons donc le préserver."
Une mobilisation d’ampleur pour la compétitivité du hub francilien
Pour le Groupe ADP et pour Air France, cette érosion n’est pas une fatalité. Ce constat doit au contraire conduire à une mobilisation conjointe de la compagnie nationale, du premier hub européen et des pouvoirs publics. C’est l’objet de la proposition de contrat de régulation économique (CRE) présentée par le Groupe ADP fin 2025 qui déroule un plan d’investissements ambitieux et progressif sur 8 ans, et vise à faire du hub parisien une référence mondiale en matière d’hospitalité et d’expérience client.
Enfin, avec le partenariat d’actions Connect France, le Groupe réaffirme, aux côtés d’Air France-KLM, sa volonté de faire du hub d'Air France à Paris-Charles de Gaulle un puissant outil d’attractivité au service de la destination France et Paris-Île-de-France. Les deux partenaires, qui ont déjà amorcé en 2025 des actions concrètes, ont également proposé 33 mesures législatives et réglementaires à l’échelle nationale et européenne susceptibles de lever les freins à l’amélioration de la compétitivité du hub.
Il existe un lien direct entre connectivité et dynamisme économique. Quand les flux aériens internationaux se détournent de la France vers les hubs étrangers, c’est tout le tissu économique local et national qui est affecté. À l’inverse, la croissance des flux au Qatar par exemple, avec 5 millions de visiteurs étrangers en 2024, près de 10 millions de nuitées et une contribution du tourisme au PIB national de 8 % illustre l’impact positif que peut avoir un hub compétitif comme celui de Doha Hamad.